Le métier de directeur de tournoi ATP

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Les coulisses du Pro Tour de tennis vous fascinent ? Cette interview de Jean-François Caujolle, directeur Open 13 Marseille, devrait vous plaire

Devenir directeur d’un tournoi ATP ça en ferait rêver plus d’un ! Ce rêve, ça fait 25 ans que Jean-François Caujolle le vit. Pour le TECNIMAG, il raconte la vision qu’il a de son métier, ses relations avec les joueurs, l’évolution du tennis, sa carrière de joueur pro et nous livre quelques anecdotes croustillantes.  

Jean-François Caujolle répond aux questions du TecniMag sur l’organisation de tournois de tennis professionnel et son rôle de directeur. 

C’est au volant de sa voiture que Jean-François Caujolle nous répond. L’homme est chaleureux et sans réserve. Le tutoiement est immédiat et les rires sont au rendez-vous.

Bonjour Jean-François Caujolle, qui êtes-vous ?
La raquette Major Anaconda de Jean-François Caujolle

 

Je suis français, né en 1953 et je me définis avant tout comme un amoureux du tennis. 
J’ai été joueur de tennis professionnel, mon meilleur classement a été 50ème mondial. En devenant pro, la passion a un peu diminué car j’ai connu plus de défaites que de victoires. (rires) 

Ma raquette était la Major Anaconda, il y avait même mon nom dessus ! J’ai été le premier ambassadeur de l’entreprise Major Sports (aujourd’hui Tecnifibre) au début des années 80.

J’ai été responsable de l’organisation de plus de 40 tournois ATP
Jean-François Caujolle
Directeur de l'Open 13

Qu’avez-vous fait après votre carrière de joueur pro de tennis ?

Je suis devenu directeur de tournois ATP et ça fait 25 ans que ça dure ! J’ai commencé par m’occuper d’exhibitions. En 1993, j’ai commencé l’aventure avec l’Open 13 de Marseille en tant que directeur et en 1999 j’ai racheté le tournoi. Je me suis aussi occupé, entre autres, des tournois de Bruxelles, Nice et du Masters BNP Paribas de Paris Bercy. Au total j’ai eu la responsabilité de la direction de plus de 40 tournois. 

Les mots ‘métier’ et ‘directeur’ ne font pas partie de mon vocabulaire !
Jean-François Caujolle
Directeur de l'Open 13

En quelques mots, en quoi cela consiste d’être directeur de tournoi professionnel de tennis ? Quel est votre rôle ? 

Pour commencer, le mot "métier" ne fait pas parti de mon vocabulaire, ni celui de "directeur" d’ailleurs. Pour moi le « directeur » de tournoi doit s’avoir s’effacer, je n’aime pas me mettre en avant.
Je suis un passionné de tennis, qui crée des événements pour transmettre des émotions positives et délivrer du bonheur. Je veux mettre en place quelque chose, avec humilité. Je suis un personnage atypique dans le monde du tennis car je ne me prends pas au sérieux. 
Le partage est aussi primordial ! Avec mon équipe, les partenaires, le public et les joueurs. Mon but est que les joueurs se sentent chez eux. 
En une phrase, le rôle d’un directeur de tournoi est de fédérer des compétences pour que les gens de mon équipe travaillent tous dans le même sens. 

Doit-on avoir été joueur professionnel de tennis pour devenir directeur de tournoi ATP ? 

Pas forcément même si ça facilite les choses. Ça m’a ouvert des portes mais ce qui fait la différence ensuite c’est la façon d’appréhender son rôle.

Quelles sont les qualités d’un bon directeur de tournoi ? 

S’effacer la plus possible, les stars ce sont les joueurs et les partenaires.
 

Un joueur de tennis professionnel n’a pas le droit de balancer !
Jean-François Caujolle
Directeur de l'Open 13

Quelles sont les difficultés que l’on rencontre quand on organise d’aussi gros événements sportifs ?

La difficulté c’est qu’on travaille toute l’année pour un événement d’une semaine. En fait, une année défile en une semaine et on ne peut rien arrêter…
Tout ce que l’on peut maîtriser on le fait. Mais tous les impondérables, comme les aléas sportifs ou les intempéries ça peut venir écrouler tout un édifice…
Ce que ne ressentent pas les joueurs  c’est que le tournoi a besoin d’eux et que leur attitude peut lui porter préjudice. Ils ne se rendent pas compte de ce que ça représente ! Des gens mettent toute leur âme, leur passion et leurs finances dans le tournoi. Un joueur n’a pas le droit de balancer !

En parlant de joueurs, faut-il aller les chercher, les « recruter » pour qu’ils jouent dans votre tournoi ?

Bien sûr ! J’entretiens des relations avec les agents depuis longtemps. Il y a aussi des belles histoires qui se créent avec les joueurs. Je me sens particulièrement proche des joueurs français comme Jo-Wilfried Tsonga, Gilles Simon, Richard Gasquet ou encore Gaël Monfils. Je veux aller au-delà de l’organisateur, qui a une simple relation protocolaire avec les joueurs. Je recherche autre chose.
Et je crois que les joueurs apprécient cela. Prenons l’exemple de Stan Wavrinka, qui est venu plusieurs fois à l’Open 13. Une année il a perdu prématurément dans le tableau alors qu’il avait de grosses garanties financières. Il voulait rendre l’argent et j’ai dit non.
 

Stan Wawrinka a voulu rendre ses garanties financières. J’ai dit non.
Jean-François Caujolle
Directeur de l'Open 13

Comment gère-t-on une tête d’affiche qui annule sa participation au tournoi au dernier moment ?

Affiche Open 13 tennis

A la base il ne faut pas créer l’événement et toute la communication autour d’un joueur. 
Il faut faire la promotion du jeu et du tennis avant tout. Car n’importe qui peut se désister ou perdre tôt dans le tableau. Le sport ne doit pas se limiter aux champions !
C’est d’ailleurs pour cette raison que j’investis sur des jeunes. Et c’est beaucoup plus gratifiant au final ! Je trouve super ce que fait l’ATP avec le programme NextGenATP que permettra aux 8 meilleurs joueurs de moins de 21 ans de s’affronter en novembre lors des ATP Finals, comme leurs ainés.
J’ai une anecdote marrante avec Roger Federer, qui entre parenthèses a réalisé son premier exploit à l’Open 13, en battant Carlos Moya au premier tour en 1999. Il m’a dit ce jour-là qu’il reviendrait jusqu’à ce qu’il gagne le tournoi ! Ce qu’il a fait en 2003.


On dit que quand on travaille dans l’organisation d’un tournoi, on n’a pas le temps de regarder un seul match de tennis. Est-ce vrai ?

J’arrive à regarder un match de temps en temps. Notamment lors des premiers tours qui sont des moments de stress pour moi. Et oui, si une tête de série perd prématurément ce n’est pas bon pour le tournoi.
Cette année j’ai adoré voir jouer Nick Kyrgios. C’est une belle histoire car j’ai été un des premiers à aller le chercher. C’est ce que j’aime dans cette aventure : les rencontres humaines.


Quel est le rôle des sponsors ? 

Leur rôle est double : financer le tournoi et activer leur marque et leurs valeurs au travers de différentes actions.
Je privilégie des partenaires historiques, qui s’impliquent dans le tournoi. Les partenaires que je choisis défendent les intérêts et l’image du tennis et du jeu. Ils peuvent réellement booster le tournoi avec leurs actions.

Comment vous arrivez à tout gérer ? 

Je délègue beaucoup car je fais confiance à mes équipes. 
Et ça fait quand même 25 ans que je fais ça, je commence à avoir l’habitude en termes de logistique et d’organisation (rires)
 

Boris Becker… j’ai dû me pincer pour y croire !
Jean-François Caujolle
Directeur de l'Open 13

Quel moment restera gravé en vous à jamais ?

La fois où j’ai vu rentrer Boris Becker sur le central de l’Open 13 en 1995. 
Il y avait 1 500 personnes dans les tribunes, c’était vide et je l’ai vu scruter le public. J’ai dû me pincer pour me dire que Becker était là. Il dégageait quelque chose d’incroyable. Pour moi c’est un monument.

Pour revenir à votre carrière, quel est le joueur le plus fort que vous ayez joué ?

Je vais t’étonner car je dirai que c’était Fernando Luna, qui m’a « foutu une trempe » à chaque fois que je l’ai joué ! Ce n’est pas le joueur le plus connu mais comme j’ai battu tous les meilleurs de l’époque (Jimmy Connors, Bjorn Borg, John McEnroe, Arthur Ashe) je dirai Luna oui.
 

Il y a eu Mohammed Ali puis Jordan et maintenant Federer
Jean-François Caujolle
Directeur de l'Open 13

Quel est votre joueur préféré ?

Jimmy Connors

 

Quand j’étais petit c’était l’australien Roy Emerson. En grandissant j’aurai rêvé d’être Ilie Nastase et aussi un peu Jimmy Connors pour son tempérament de bagarreur et de showman. 
Aujourd’hui c’est Roger Federer qui me fascine. Il y a eu Michael Jordan en basket, Cassius Clay alias Mohammed Ali en boxe et maintenant il y a Federer dans le tennis, c’est une légende ! C’est un mélange de classe, d’esthétisme et de qualités techniques et tactiques. Pour moi c’est l’archétype du sportif magnifique.

 


Sur votre page Wikipédia on peut lire « l'arrivée des moyens tamis auquel il ne put s'adapter ». Vous confirmez ?

Déjà, pour mettre les choses au clair, cette page Wikipédia contient des éléments faux ou incomplets comme mon meilleur classement (50ème et non pas 71ème). Mais je préfère la laisser telle qu’elle est pour préserver le mystère (rires). 
En  tous cas, le passage sur mon matériel est vrai. En effet je n’ai pas voulu passer en raquette moyen tamis… A l’époque j’avais un côté « branleur », je remettais la faute sur tout sauf sur moi-même. Rester en raquette en bois petit tamis était un moyen de justifier des défaites ou une baisse de niveau. Je le regrette maintenant, j’aurai dû changer d’attitude.
Pendant ma carrière de sportif, j’ai cherché à éviter des problèmes contrairement à maintenant où je dois sans cesse y faire face !
 

J’aurai dû passer en raquette moyen tamis, je le regrette
Jean-François Caujolle
Directeur de l'Open 13

Est-ce que l’évolution du matériel de tennis a vraiment fait évoluer le jeu ?

Oui inéluctablement. Le nouveau matériel, avec des raquettes plus légères, avec l’utilisation du graphite comme matériau a permis plus de puissance dans le jeu des joueurs. Quand je repense à mon époque, ça jouait vraiment lentement ! Et c’est pareil pour les autres sports d’ailleurs ! 
Le revers de la médaille a été que le style de jeu des joueurs s’en est ressenti. Il est aujourd’hui moins facile d’avoir un jeu en touché.
Pour moi, aujourd’hui, le jeu s’est aseptisé. Que ce soit au plus niveau ou dans les clubs. Aujourd’hui les jeunes veulent frapper le plus fort possible dans la balle. Ils ne cherchent pas à avoir de l’intelligence de jeu, une bonne main ou une bonne vision du jeu. Avant les joueurs cherchaient à détruire l’adversaire tactiquement, en mettant en place un plan de jeu sur toute la partie. Aujourd’hui dès le premier échange les joueurs abattent leurs cartes et n’ont pas forcément de plan A et B.
Par exemple, un joueur comme Lukas Rosol qui frappe sur tout ce qui bouge peut battre n’importe qui dans un bon jour. Et c’est ce qu’il a fait en battant Rafael Nadal, à Wimbledon, en 2012. Mais pour moi, avec tout le respect que j’ai pour ce genre de joueurs, ce ne sont pas eux qui vont écrire l’histoire.
Mais je ne vais pas dire que les « bourrins » n’existaient pas à mon époque ! Sauf qu’à l’époque ils faisaient service volée.
Mais je ne suis pas nostalgique ! Pour moi l’évolution du matériel est une bonne chose. Ça a notamment permis à chacun de s’exprimer avec ses qualités. Je trouve la génération et le tennis d’aujourd hui beaucoup plus intéressant que celui d’hier, les bourrons frappent aveuglement mais les bons savent tout faire. 

Le matériel technique de tennis peut-il encore évoluer selon vous ?

Non je ne pense pas car tout est contrôlé, comme la taille des tamis par exemple. Les fabricants de matériel de tennis ne peuvent pas faire ce qu’ils veulent.
La seule chose qui peut encore peut être s’améliorer est le rendement des cordages. 
 

Rédacteur

Fabien Lacamoire : 27 ans, je suis Responsable Développement Web chez Tecnifibre. 
Le sport en général est ma passion mais le tennis est MON sport. J’ai été classé 4/6 et Rafa Nadal est un modèle, au-delà même du tennis. 
Mon autre passion est le digital. Pouvoir allier ces deux passions au sein d’une entreprise familiale telle que Tecnifibre est une chance que je mesure chaque jour !