Rencontre avec Marc Maury, speaker sur le circuit ATP

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Le TECNIMAG a rencontré Marc Maury, speaker emblématique dans le monde du sport et du tennis. Il nous a parlé de son parcours et de l’image qu'il porte sur son métier.

 

Marc Maury Athlétisme

Bonjour Marc, peux-tu te présenter brièvement ? Il me semble que tu as été sportif de haut niveau ?

J’ai pratiqué le décathlon à un bon niveau, niveau national. J’ai obtenu une 6ème place aux championnats de France. De ce fait, je me suis retrouvé remplaçant en Equipe de France, mais sans jamais obtenir une sélection.

Comment es-tu devenu speaker ? Grâce à des études de journalisme ?

Non, sur ce point je suis totalement autodidacte. Un jour l'entraîneur national des équipes de décathlon m’a sollicité alors que j’étais blessé. Ma mission était d’expliquer ce sport aux personnes présentes dans le public . On m’a mis en relation avec un journaliste qui n’avait aucune connaissance en décathlon. Je me devais de faire un peu de pédagogie afin de lui expliquer les grandes lignes. Tout s’est très bien déroulé. Je me suis donc mis à effectuer de nouveaux commentaires de ce type, majoritairement l’été puisque la saison de décathlon se déroulait de Juin à Septembre. A l’époque, je faisais uniquement cela par plaisir et n’avais pas encore à l’esprit que ceci deviendrait un métier.
Tout s’est accéléré ensuite. Pour l’athlétisme, je me suis retrouvé au micro de tout types de compétitions. Du Championnat de France aux Championnats du monde en passant par les grands meetings internationaux, j’ai effectué un grand nombre de piges au micro. Concernant les championnats du monde, je les aie tous effectués en tant que speaker à partir de 1987.

En 1993, il m’apprend que l’ATP autorise désormais la mise en musique, les interviews sur le court ainsi que la présentation des joueurs
Marc Maury
Speaker

Comment se sont déroulés vos premiers pas dans le tennis ? 

L’athlétisme m’a également permis de rencontrer Gilles Moretton ancien joueur de tennis français et à l’époque directeur du Grand Prix de Lyon. Nous avions travaillé ensemble sur un meeting. Passionné par l’ambiance présente dans l’athlétisme, il avait comme projet de transposer cela au tennis. 
En 1993, il m’apprend que l’ATP autorise désormais la mise en musique, les interviews sur le court ainsi que la présentation des joueurs. Nous décidons donc une nouvelle fois de collaborer pour créer un format type à appliquer sur son tournoi. En 1994, le Grand prix de Lyon devient le premier tournoi, hors Etats-Unis, à mettre en place ce système de présentations-interviews. Le but premier était de ne pas dénaturaliser le jeu. Nous avions donc jusqu’au moment de la première balle pour faire toutes les animations que nous voulions. Une fois le match commencé, notre travail s’arrêtait.


C’est donc un phénomène très récent ?

Oui nous avons été précurseurs là-dessus. Au final, j’aurai dû déposer le projet (rires) puisque l’on voit que encore aujourd’hui ce format est repris par l’ensemble des tournois. 
Quel a été la suite après cette première expérience au Grand Prix de Lyon ?
Lors de cette première, les personnes en charge du Tournoi de Bercy sont passées et ont demandé à Gilles (Moretton, NDLR), s’ils pouvaient prendre “son” speaker pour leur tournoi. Ainsi j’ai enchaîné par Bercy dans la foulée. Ensuite Jean-François Caujolle, m’a demandé de faire Marseille, puis c’est le directeur du tournoi de Monte-Carlo de l’époque, qui m’a demandé d’officier ici à Monaco. Après toutes ces expériences sur les différents tournois, Charles Biétry (patron des programmes sports de Canal +) m’a tout simplement demandé si je souhaitais rejoindre l'équipe Canal. J’ai accepté la proposition et à partir de là, tout était lancé. 

 

Maury


Sur Roland-Garros, vous êtes speaker depuis combien de temps ? 

J’ai commencé Roland-Garros en 2004. Ça va donc faire 13 ans cette année.

 

En dehors du tennis, quelles sont tes autres missions ?

Je suis sur tout type de présentation. Ça va de la conférence de presse à la présentation d’événements. Par exemple une convention d’entreprise ou un match de rugby au Stade de France. Je travaille également sur Paris 2024. Nous venons  d’effectuer la présentation de la communication internationale sur laquelle j'officiais. 


Ta voix est très reconnaissable. Est-ce que tu la travaille ?

Lors de mon “périple ”professionnel, j’ai été prof d’EPS après avoir fait STAPS (Sciences et Technique des Activités Physiques et Sportives, NDLR) et obtenu mon CAPEPS en 1982. Et puis, à force j’ai eu envie de changer. Je me suis dirigé vers le théâtre ou j’ai pris des cours d’arts dramatiques.  Pendant cette période, j’ai pu donc travailler le placement et l’articulation de la voix. Dans le métier de speaker, il y a cette nécessité de pédagogie, ou l’on doit comprendre facilement ce que tu dis. Il faut avoir des mots simples pour expliquer une situation qui peut être parfois complexe. 
 

J’ai 620 fiches au total !
Marc Maury
Speaker

Pour la présentation des joueurs, comment fonctionnes-tu ? Grâce à des fiches ?

Oui exactement. J’ai 620 fiches au total (femmes et hommes confondus). Pour les grands joueurs, il m’en faut plusieurs. Pour Roger Federer, j’en ai 3 différentes. On m’a conseillé de passer sur tablette, mais ce n’est pas la même chose. Le papier reste encore la meilleure façon de travailler pour moi.  Parmi toutes ces fiches, j’ai des anciennes et des nouvelles. Il m’arrive très souvent sur les tournois de devoir en faire des nouvelles. Par exemple, ici à Monaco, j’ai fait celle de Renzo Olivo que je ne connaissais pas. Sur chaque tournoi, il m’arrive de faire 2 à 3 nouvelles fiches.


Comment élabores-tu ces fiches ?

Déjà avec les informations de base : nom, prénom, nationalité,  date de naissance et le pays d’origine si cela à un intérêt. Ensuite des points plus spécifiques au tennis : le coach, le classement, le meilleur classement, l’année de passage sur le circuit professionnel. Puis au dos de la feuille, je mets les années d’apparitions sur les tournois ou j’officie (tournois français et Monte-Carlo) ainsi que son parcours. Cela me permet de retrouver rapidement son historique dans les tournois.

 

Fiches Marc Maury


 Lorsque l’on présente des tops-players qui vont loin dans les  tournois, la présentation est-elle toujours la même ? 

 Non, on essaye de changer en fonction des années. Si on prend l'exemple de Nadal à Roland-Garros,  une fois j’ai mis l’accent sur son classement en disant qu’il était resté 141 semaines au sommet du  tennis  mondial. L’année suivante, il remporte 11 tournois. J’ai donc décidé de l’introduire cette année-  là en  mettant plus en valeur cette statistique-ci. La majorité du temps soit je reviens sur les tournois  de l’année  précédente s'ils ont été très bons, ou alors je rappelle le palmarès complet. Par exemple  pour Nadal, les  69 titres dont 14 du Grand Chelem sont tous bien notés (il nous montre la fiche de  Nadal). 


 Parmi tous les joueurs, est-ce qu’il y’en a un en particulier  que vous aimez présenter ?

 C’est surtout les grands joueurs. Dans ce type de métier, on aime surtout faire réagir le public le  maximum possible. Alors c’est sûr que lorsqu'on présente un Federer ou un Nadal, c’est un réel  bonheur. A l’inverse, faire une présentation, un lundi matin sur un ATP 250, c’est tout de suite moins  stimulant. En complément des très grands joueurs, les français aussi sont un réel plaisir à annoncer. 
 

Nous ce qu’on fait ce n’est pas grand-chose, Marc fait beaucoup de bruit et de choses autour. Heureusement qu’il est là et je vais vous demander de l’applaudir !
John McEnroe
Ancien joueur

Après toutes ces années, quels sont tes meilleurs souvenirs ?

Il y’en a tellement... Si je prends par exemple une année avec John McEnroe. On s’était déjà rencontrés à l’époque lors des 10 ans de Canal+ à Lyon. Après coup, nous avions gardé contact. Lors de Roland-Garros, après une interview sur le court, il prend le micro et déclare : “ Nous ce qu’on fait ce n’est pas grand-chose, Marc fait beaucoup de bruit et de choses autour. Heureusement qu’il est là et je vais vous demander de l’applaudir !”. Et se faire ovationner soi-même par le Central c’est pas désagréable (rires).

Une autre fois aussi, en 2012 à Roland-Garros, lors du match entre Goffin et Federer. David était issu des qualifications et avait pris un set à Roger. Du coup je demande après le match à Roger si je peux aussi faire une interview avec David. Roger était ok et m’a demandé de voir si surtout David était ok. Tout s’est bien passe même si David était stressé comme jamais. Il devait annoncer devant tout le monde qu’il avait les posters de Roger dans sa chambre (rires). 
C’est ce côté humain que j’aime retranscrire sur le terrain.


Arrives-tu à créer facilement des liens avec ces joueurs ?

Oui j’essaye au maximum puisqu'il le faut. Je ne peux pas être dans la peau du fan ni dans celle du polémiste. Si j’en arrive à leur poser une question qui blesse, ils m’en voudront à l’avenir et forcément les interviews suivantes seront très difficiles. Ce qu’il faut savoir, c’est que mon rôle n’est aucunement journalistique. Mon but est de mettre en valeur le joueur et connecter le public. Le contenu ne doit pas être négatif. Si à un seul moment je déclenche une question polémique, la réaction du public peut également être négative et donc mettre tout de suite le joueur mal à l’aise. Si le public est dans l’attente d’une question gênante, dans le cas où le joueur fait l’actualité pour de mauvaises raisons, mon but va être d’essayer de désamorcer ça dans la mesure du possible. Si c’est trop difficile, il vaut mieux ne rien faire plutôt que de déclencher une mauvaise réaction du public. 
A la rigueur, là où je peux prendre cette étiquette de journaliste, c’est lorsque je leur demande des informations sur leur style de jeu ou leur façon d’appréhender certains moments du match. Mais on ne va pas plus loin, le but est d’avoir de l'empathie au maximum. Par exemple lorsque j’ai commencé, on était à l’époque Becker, Sampras, Ivanisevic, les joueurs étaient surpris de me voir au début car leur relation avec la presse n’était pas la même. Je me rappelle que Boris (Becker) s’assurait bien que je ne disais pas de bêtises. Il n’hésitait  pas d’ailleurs  à me le faire remarquer. Dans la même lignée, la première fois que j’ai interviewé Ivanisevic, j’ai cru qu’il allait me balancer sa raquette dans la figure, car il n’aimait pas du tout les journalistes. Au fur et à mesure ils ont compris. J’ai la possibilité de leur parler en amont, lorsque je les croise dans les vestiaires. C’est donc aujourd’hui une relation très saine que j’ai avec l’ensemble des joueurs.