Découvrez le métier de kiné sur le circuit ATP

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Le travail de kiné sur le circuit ATP ou WTA est très souvent méconnu du grand public. Rencontre avec Alejandro Resnicoff qui nous décrit son rôle auprès des plus grands joueurs.

Le tennis est un sport qui demande une condition physique irréprochable. Les joueurs disputent un grand nombre de match autour du globe et à chaque fois dans des conditions différentes. Malheureusement, les blessures font parties de la carrière d’un tennisman professionnel. Les kinés sont là afin de les limiter au maximum. Nous avons rencontré Alejandro Resnicoff qui officie pour l’ATP. Vous allez pouvoir vous rendre compte que son métier est tout aussi physique… 

ATP World Tour

 

Bonjour, Alejandro ! Peux-tu te présenter ?

Je m’appelle Alejandro Resnicoff. J’ai 44 ans et  je suis d’origine argentine. J’ai travaillé au Brésil, endroit où j’étais basé avant. Cela fait 20 ans que je suis dans le monde du tennis.

Comment es-tu rentré à l’ATP ?

Chaque kiné a son histoire. Nous sommes arrivés de différentes façons. Le critère principal afin pour arriver jusqu’à l’ATP est l’expérience que tu as dans le monde du tennis. Par exemple, si je prends mon cas personnel, avant l’ATP j’ai travaillé en collaboration avec tous types d’organisations en relation avec le tennis. Ça va du simple club, à l’académie, en passant par la fédération argentine.... Avec toutes ces expériences, l’ATP a commencé à s’intéresser à moi et tout a commencé à partir de là.

Si j’étais honnête avec vous, je vous dirais que ma maison s’appelle l’aéroport
Alejandro Resnicoff
Kiné sur le circuit ATP

Pourquoi as-tu choisi ce type de vie qui t'impose d’être sur la route tout le temps ? D’ailleurs où vis-tu ?

Si j’étais honnête avec vous, je vous dirais que ma maison s’appelle l’aéroport (rires ndlr). On voyage vraiment beaucoup. C’est de l’ordre de 25 semaines par an. La fréquence très souvent est de 2 à 3 semaines à l’étranger puis une semaine de repos. Donc si vous mettez tout bout à bout, nous voyageons 6 à 7 mois dans l’année. 

Aujourd'hui, tu travailles uniquement pour l’ATP ?  

Oui, uniquement avec l’ATP.

Tu aimes ce style de vie ? La famille ne manque pas trop ?

Oui j’aime ce style de vie, sinon je ne serai pas ici. Dans le même temps, ma famille me manque beaucoup. Heureusement, nous avons aujourd’hui les nouvelles technologies qui nous aident. On ne peut pas les prendre dans nos bras lorsqu’ils en ont besoin mais au moins nous sommes toujours en contact. En même temps, par rapport à l’ensemble des officiels et des joueurs, nous sommes dans les mêmes conditions. Ainsi, c’est comme si, indirectement, ces personnes deviennent notre famille. Nous voyageons ensemble, nous connaissons leur famille, on se soutient, on mange ensemble. Sans eux ce serait trop difficile.  

Peux-tu nous décrire une journée type ?  

Sur le site du tournoi, les kinés arrivent normalement 1h30 avant le début du premier match. Nous restons jusqu’à la fin du dernier match afin de s’assurer que les joueurs n’ont pas besoin de traitements supplémentaires. Donc en moyenne, nous travaillons 12 à 14 heures par jour. Les sessions de nuit rendent les journées plus longues. Les tournois en indoor sont des « jours sans fins » ! Les Grands Chelems aussi, par exemple lors de l’US Open et l’Open d’Australie, nous pouvons terminer à 2-3 heures du matin. Mais nous n’avons pas forcément besoin d’être sur des gros tournois pour avoir de telles journées. J’en ai fait l’expérience dans un club ou j’ai terminé à 3h30-4h du matin. C’est un métier très physique.  

Qu’est-ce qui te prend le plus de temps ? Les massages ?

Non, on ne fait pas les massages. Les joueurs ont leur propre service pour ça. Le nôtre se situe surtout avant et après les matchs s’il y’a des blessures. Nous devons être très rapides car l’idée est certes d’aider le joueur en question mais d'aussi toujours garder à l’esprit qu’un autre peut potentiellement nous attendre. La précision dans notre diagnostic doit donc être maximale.

Massage sportif

 

Ce n'est pas trop stressant ?

Aujourd’hui, nous sommes beaucoup plus à notre aise avec les joueurs. Il y’a plus de respect entre nous qu’auparavant. Nous avons réussi à établir cette relation de confiance. Il y’a des choses que nous pouvons traiter sur le coup mais d’autres que l’on ne peut pas. Nous nous devons de respecter un grand nombre de règles. Un mauvais diagnostic peut entrainer un conflit avec l’éthique ainsi qu’avec le joueur.

Au départ, les kinés ne partageaient pas les infos. Ils avaient peur qu’elles finissent à l’oreille d’autres joueurs
Alejandro Resnicoff
Kiné sur le circuit ATP

On sait que beaucoup de joueurs ont leur propre kiné. Quel type de relation as-tu avec eux ?

Au départ c’était difficile. Maintenant je ne vais pas dire que tout est devenu simple mais nous avons une bien meilleure relation avec eux. Il y’a deux cas de figure. Le premier est tout ce qui est de l’ordre de la communication. Prenons l’exemple d’un joueur qui a soucis sur un court. Pour moi, ce sera plus simple d’intervenir si je parle au préalable avec son kiné perso. Je saurai quels sont ses problèmes et donc quel traitement lui sera le plus bénéfique. Au départ, les kinés ne partageaient pas les infos. Ils avaient peur qu’elles finissent à l’oreille d’autres joueurs et donc de potentiels adversaires. Alors qu’en fait ce n’est pas le cas, puisque comme dans beaucoup de professions, nous sommes soumis au silence professionnel. Nous gardons tout pour nous et n’en faisons part à personne. 
L’autre souci se situe au niveau de la connaissance du système. Aujourd’hui nous avons une meilleure communication avec les joueurs. Après avoir parlé avec un kiné perso, nous traitons parfois 2 fois la même chose. La différence se situe surtout au niveau du joueur qui aime avoir deux opinions différentes puisqu’il nous fait confiance. Nous décidons, après discussion avec lui, si nous refaisons ou pas le même traitement. 

image

 

Une question qui fait débat. Pour aider dans la récupération d’un match, faut-il mieux opter pour un bain froid ou des étirements ? 

Il faut toujours faire des étirements. Les bains froids ça dépend. Normalement, lorsque vous sortez d’un match court, vous pouvez l’éviter. A contrario, si vous avez joué un match long et qu’en plus vous devez rejouer le lendemain, il est le bienvenue. En tant que kiné, nous nous devons d’être certains que les joueurs ont pour habitude de le pratiquer, l’apprécie et n’ont pas de contre-indications. Personnellement, je recommande les étirements. Concernant le temps à consacrer à ses derniers, je dirais que deux répétitions de 20 secondes sur le muscle travaillé suffisent. Le but est avant tout que cela reste relaxant et sans douleurs. 

Faut-il mieux le faire directement après le match ? 2 heures ? 3 heures ? 

Chaque joueur a sa propre routine. Normalement après le match ils font un peu de vélo, enchainent sur des étirements en mangeant et buvant en même temps, ce qui est très important. Ensuite vient éventuellement le bain froid puisque c’est la dernière partie du process. Mais gardez surtout à l’esprit que chaque joueur à sa propre routine après un match ! 

Une question d’ordre personnel pour finir. Quel est ton tournoi favori ? 

C’est une chose que les gens nous demandent beaucoup. C’est difficile de sortir un unique tournoi. Personnellement, je préfère ceux basés au sein d’un club. Ce sont des endroits où l’on « respire tennis ». Tu as les images sur les murs des joueurs qui jouaient  de nombreuses années auparavant. Comme à Monte-Carlo, Wimbledon ou encore Barcelone qui est vraiment un super tournoi. Après il faut être aussi juste, c’est impossible de comparer un Masters 1000 et un 250. Les plus petits tournois génèrent une atmosphère différente. Par exemple à Stockholm, qui se déroule au sein d’un club, les personnes de l’organisation sont tous licenciés dans celui-ci. Du coup, ils ont beaucoup plus à cœur de réussir leur semaine et ainsi faire le meilleur travail possible. Au final, si je devais en garder un seul ce serait probablement Barcelone.