Préparation physique au tennis : le rôle clé du kiné !

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Le tennis est un sport exigeant physiquement. Pour les pros, bien sûr, mais également pour les joueurs amateurs. Un suivi médical se révèle donc être très important pour durer dans cette discipline.
Entretien avec Laurent Tort, kiné ostéopathe du tennis. Sans conteste l’un des rouages essentiels du bon déroulement de la carrière des tennismen.

Le rôle du kiné 

Laurent Tort : J’ai eu il y a 10 ans l’opportunité de soigner à mon cabinet d’ostéopathie une joueuse pro de tennis pour des pépins physiques récurrents. Elle avait été satisfaite de mon approche et m’avait proposé de la suivre sur différents tournois WTA et Roland Garros, ce que j’ai fait pendant plusieurs années. Parallèlement à cela, j’ai pu intégrer l’Open Sud de France il y a 8 ans. Et depuis 2014, j’accompagne régulièrement 2 joueurs pro français sur différents tournois ATP.Que ce soit pour les joueurs pro ou les joueurs en devenir, un suivi en ostéopathie s’avère essentiel. En effet, avec ses mains, l’ostéopathe va tester toutes les pertes de micro-mobilité des structures du corps humain et les hiérarchiser. Une fois ce diagnostic fait, il va réaliser des manipulations, souvent douces, pour restaurer les mouvements au sein de l’organisme. Par l’ostéopathie, on cherche donc à ramener le corps d’un état éventuel de compensation (ou de décompensation) vers un état d’adaptation, où il pourra gérer normalement les différentes contraintes auxquelles il est soumis.

 

Sous sa casquette de kiné de l’ATP, Laurent prodigue aux joueurs des soins de même nature que ceux détaillés ci-dessus. Mais il les effectue auprès d’une multitude de patients :

« Quand j’interviens en tant que kiné du tournoi comme c’est le cas à Montpellier, je m’occupe avec les kinés de l’ATP des joueurs qui n’ont pas leur propre kiné personnel. Les soins tournent là aussi autour de séances d’ostéopathie, récupération, rééducation, stretching, massages. Le staff médical de l’ATP a un logiciel qui répertorie tous les traitements que subissent les joueurs, ce qui permet une continuité de traitement ».

Les conseils clés pour éviter les blessures

Ci-dessous, deux vidéos pour vous présenter les principaux conseils que vous donne notre kiné Laurent Tort, quel que soit votre niveau :

  • La fréquence à laquelle il faut apporter des soins à votre corps
  • Deux zones sensibles à surveiller précautionneusement pour un joueur de tennis : l’épaule et la hanche.

 

Par l’ostéopathie, on cherche donc à ramener le corps d’un état éventuel de compensation (ou de décompensation) vers un état d’adaptation, où il pourra gérer normalement les différentes contraintes auxquelles il est soumis.
Laurent Tort
Ostéopathe Professionnel

Quelques conseils pratiques complémentaires

1/ Le gainage

Un travail global de gainage est recommandé pour renforcer les chaînes musculaires, et le dos. Le renforcement de ces muscles profonds, outre leur rôle protecteur, permet d’amortir les contraintes pesant sur les articulations.

2/ Les pieds

Les pieds, surtout pendant la saison sur surface dure, doivent faire l’objet d’un traitement particulier avec massage, mobilisation et étirement des aponévroses plantaires.

3/ Les étirements

Un protocole d’étirements est conseillé sur certains muscles : abdos, adducteurs, ischios-jambiers, triceps, muscles de l’avant-bras, rotateurs externes de l’épaule.

4/ les Abdos

Chez les femmes, il est intéressant de renforcer les abdos en évitant les contractions concentriques et en favorisant les exercices hypopressifs pour protéger le périnée. »

 

La journée-type d'un kiné sur l'ATP Tour

« J’essaye d’arriver généralement 2/3 jours avant le 1er match en tournoi du joueur. Je commence toujours par une séance d’ostéopathie afin de restaurer les pertes de mobilités au niveau des tissus. Faire cette séance en amont de la compétition permet au joueur d’avoir un peu de temps pour récupérer, car la séance peut temporairement le fatiguer.

La journée commence généralement par le petit-déjeuner, et immédiatement après je réalise avec le joueur une séance de stretching postural. Ceci permet de mettre en éveil et d’assouplir doucement les différents groupes musculaires, et de stimuler les différents capteurs articulaires et musculaires.

On se rend ensuite sur le lieu d’entrainement ou de match. 30 mn avant l’entrainement, je réalise un warm-up ou rodage articulaire de 10 à 25 mn. Ensuite, pendant l’entraînement, je suis au bord du court. Il est toujours intéressant d’être proche du joueur et d’avoir un œil sur ce qui se passe afin de contrôler ses gestes, ses déplacements, de voir éventuellement ce qui a pu provoquer une blessure, et d’être présent pour rassurer et écouter l’athlète. 

De retour à l’hôtel, après une sieste, on peut aller en salle de gym pour faire de la musculation, du gainage, un travail spécifique proprioceptif, et de la rééducation si on est en présence d’une pathologie particulière. En tournoi, on partage le quotidien du joueur, les soirées, les repas…

On va ensuite en chambre où j’ai amené une table de massage pour faire les soins. On commence généralement par de la récupération à base de massages, d’étirements. Je rajoute en plus un travail de détente global des aponévroses musculaires. J’en profite pour retester en ostéopathie les différents groupes articulaires et musculaires pour voir si lors de l’entrainement il n’y a pas eu de blocage tissulaire. Avant d’aller se coucher on peut faire un peu de relaxation.

Les jours de matchs, l’emploi du temps est similaire. On ne fait pas de muscu ce jour-là. Par contre, après le match on rentre à l’hôtel pour faire des soins. La priorité sera donnée à la récupération si le joueur rejoue le lendemain et au traitement d’éventuels bobos pour permettre au tennisman d’être opérationnel. Il arrive parfois, si le joueur est programmé tard, qu’on rentre à l’hôtel vers minuit, 1 heure du matin. Il faudra alors s’adapter au sportif et déterminer si les soins sont plus importants que le sommeil ».

Faisons un gros plan sur les « Next Gen », ces jeunes joueurs qui ont pris conscience de l’importance de tous ces soins :

 

Laurent, tu es aussi détenteur d’un Master en psychologie du sport et tu m’as parlé d’une approche moins connue concernant la prévention des blessures, peux-tu nous en dire davantage ?

« Le milieu sportif assimile depuis toujours la survenue de blessures à des problèmes médicaux, de prépa physique (surentrainement, mauvaise préparation ou programmation), d’hygiène de vie ou de cause externe (état du terrain, matériel, cordage...).

Cependant, depuis que j’évolue dans le sport de haut-niveau en tant que kiné-ostéo, j’entends souvent les professionnels médicaux, les entraineurs, les athlètes dire à propos d’une blessure que c’est psychologique. Mais concrètement, personne ne fait rien pour prévenir cet aspect-là des blessures. Pourtant, il existe des modèles scientifiques et des études universitaires qui ont permis de mettre en lumière ce qu’on appelle les déterminants psychologiques des blessures. A partir de là, on peut mettre en place des actions permettant de tenter de réduire l’apparition de blessures, de mieux accompagner l’athlète blessé lors de sa blessure, de sa rééducation, et de sa reprise en compétition. »

Il existe un modèle, le stress injury model, qui stipule que dans une situation sportive potentiellement stressante (compétition, entraînement intensif), l’athlète déclenche une réponse au stress et le risque de blessure augmente
Laurent Tort
Ostéopathe Professionnel

Le "Stress Injury Model"

« Il existe un modèle, le stress injury model, qui stipule que dans une situation sportive potentiellement stressante (compétition, entraînement intensif), l’athlète déclenche une réponse au stress et le risque de blessure augmente. Ce déclenchement produirait chez l’athlète certaines modifications au niveau physiologique et attentionnel : augmentation de la tension musculaire, rétrécissement du champ visuel et accroissement de la distraction… et en conséquence, une fragilisation physique. Stressé, moins attentif, tendu et avec un champ visuel restreint, le sportif augmente donc son risque de se blesser.

D’autres facteurs psychologiques peuvent aussi favoriser les blessures : tracas dans la vie personnelle, expérience d’une blessure antérieure, personnalité sujette au stress, difficultés à contrôler ses émotions, etc. »

 

 

Et vous, faites-vous ce qu’il faut pour éviter les blessures ?